Téléradiographie de profil (télécrâne) : prise et lecture
La téléradiographie de profil, que l’on appelle aussi télécrâne ou radio céphalométrique, est une radiographie latérale du crâne prise à grande distance, la tête maintenue dans un céphalostat. La distance réduit l’agrandissement, le céphalostat rend le cliché reproductible : c’est ce qui permet de mesurer, puis de comparer deux clichés du même patient. Avec la panoramique, les photographies et les moulages, elle fait partie du dossier de base en orthodontie, au début et à la fin du traitement. Cet article reprend ses indications, sa réalisation, l’agrandissement et l’étalonnage, la qualité d’image, la dose et la lecture qui précède le tracé. Il s’adresse aux omnipraticiens, aux résidents et aux étudiants.
La téléradiographie de profil en un tableau
| Étape | Repère | Pourquoi |
|---|---|---|
| Indication | justifiée, dossier de base en ODF | le bénéfice doit dépasser le risque |
| Tête | céphalostat, plan de Francfort horizontal | reproductibilité, superpositions |
| Dents et lèvres | intercuspidie maximale (OIM), lèvres au repos ; RC en plus dans une classe III | profil habituel, proglissement chiffré |
| Distance | source à 1,5 m : environ 7 % d’agrandissement ; à 5 m : environ 1,9 % | les distances en mm en dépendent |
| Étalonnage | réglette graduée visible sur le cliché | convertir l’image en millimètres |
| Dose | environ 4,5 à 5 µSv dans deux études sur fantôme | parmi les clichés les moins irradiants |
| Lecture | qualitative d’abord, puis points, plans et mesures | ne pas mesurer avant d’avoir regardé |
Les repères de prise et d’agrandissement viennent des cours du D.U. ; la dose, de Grünheid et al., 2012 et Signorelli et al., 2016.
À quoi sert la téléradiographie de profil
Selon les cours du D.U., elle est le support des analyses céphalométriques et renseigne sur :
- les rapports squelettiques sagittaux et verticaux, et la part dento-alvéolaire d’une malocclusion ;
- les axes des incisives et leurs compensations ;
- les signes structuraux de rotation de Björk, qui orientent sur la direction de croissance ;
- la posture céphalique, les tissus mous du profil et, de façon qualitative, les voies aériennes ;
- le suivi : deux clichés superposés séparent l’effet de la croissance de celui du traitement.
La croissance se lit aussi sur ce cliché : la maturation des vertèbres cervicales situe le patient sur sa courbe, et la comparaison de l’ANB sur deux téléradiographies espacées sert à classer les types de croissance de Tweed.
Une téléradiographie pour chaque patient ?
La règle des cours est double : elle fait partie du dossier de base, et tout cliché doit être justifié (bénéfice direct supérieur au risque, pas d’alternative moins irradiante). Plusieurs études interrogent sa prescription systématique, sans trancher :
- une revue systématique (17 études retenues) juge que la preuve de son utilité pour le plan de traitement manque encore, avec des résultats contradictoires (Durão et al., 2013) ;
- chez 114 orthodontistes ayant planifié six cas avec ou sans téléradiographie, sa présence ne changeait pas significativement la plupart des décisions ; la décision d’extraire changeait dans certaines comparaisons, notamment pour un patient en classe I incisive sur base squelettique de classe II (Devereux et al., 2011) ;
- chez 60 patients en classe I squelettique, elle ne modifiait pas la décision d’extraire (Dinçer et al., 2013) ; chez 75 adolescents en classe II, son influence était faible, mais le choix d’un appareil fonctionnel changeait (Stupar et al., 2018).
Dinçer et collègues rappellent que des recommandations de radioprotection réservent la téléradiographie aux décalages squelettiques nets de classe II ou III, alors que les cours du D.U. la placent dans le dossier de base. Ces positions ne se tranchent pas ici : elles rappellent que le cliché doit répondre à une question, ce qui est le cas dans un décalage squelettique, un cas chirurgical ou le suivi de la croissance.
Réaliser le cliché
Le céphalostat
Le céphalostat immobilise la tête par deux olives placées dans les conduits auditifs externes, l’oriente selon le plan de Francfort et garde constante la distance entre le patient et le capteur. Cette standardisation, rappellent les cours, permet de comparer et de superposer les clichés successifs. Sur beaucoup d’appareils, il est porté par un bras fixé au panoramique, à distance de la source.
Les principes de formation de l’image enseignés au D.U. s’appliquent : foyer petit, distance foyer-capteur longue, distance objet-capteur courte, plan sagittal médian parallèle au capteur, rayon central perpendiculaire.
La position de la tête : le plan de Francfort
Le plan de Francfort (porion, orbitale) est placé horizontal, le plan sagittal médian vertical. Sur un crâne fantôme, la bascule de la tête vers le haut ou le bas n’avait pas d’effet mesurable, mais de nombreuses mesures s’écartaient de 2° ou 2 mm ou plus dès 3° de rotation ou 2° d’inclinaison latérale ; les paramètres situés dans le plan sagittal médian résistaient mieux que ceux qui reposent sur des points bilatéraux moyennés (Berneburg et al., 2012). Sur un autre crâne sec, une rotation de 14° modifiait de 16,1 à 44,7 % les mesures linéaires horizontales et les angles entre plans horizontaux (Malkoc et al., 2005).
D’où un contrôle simple sur le cliché : les structures bilatérales (conduits auditifs, orbites, bords mandibulaires) se superposent presque. Un dédoublement important fait vérifier la position de la tête, puis rechercher une asymétrie. Bassigny propose une règle de tracé : si les deux hémi-mandibules se croisent à l’angle, tracer le bord le plus postérieur du ramus et le plus haut du corps ; si elles sont décalées sans se croiser, tracer la moyenne et noter un signe d’asymétrie.
L’occlusion et les lèvres
- Dents en intercuspidie maximale : c’est la position habituelle du profil.
- Classe III : Boileau demande un cliché en relation centrée et en OIM pour chiffrer un éventuel proglissement. Voir le diagnostic de la classe III.
- Lèvres au repos pour juger le profil ; les cours décrivent aussi les incidences lèvres jointes et bouche ouverte. Notez celle qui a été utilisée.
Pour l’étude des voies aériennes, l’EMC préfère un cliché en position naturelle de la tête, de préférence sans céphalostat. C’est une incidence à part, à demander comme telle.
Agrandissement et étalonnage
Les rayons partent d’un foyer ponctuel : l’image est toujours un peu plus grande que l’objet. Selon le cours d’imagerie du D.U., l’agrandissement est d’environ 7,14 % avec une source à 1,5 m et d’environ 1,9 % à 5 m ; on le réduit en éloignant la source et en rapprochant le capteur du patient. Le cours donne ce chiffre comme exemple : chaque appareil a son propre agrandissement.
Trois conséquences :
- Les angles ne dépendent pas de l’échelle, les distances en millimètres oui. I-NA, i-NB, le Wits ou les hauteurs faciales ne se comparent aux normes qu’après correction.
- La réglette graduée, souvent placée sur le nez, sert à convertir l’image en millimètres. Sur quatre appareils numériques, la correction par la réglette métallique restait juste à 1 à 2 % près pour les mesures du plan sagittal médian, mais l’erreur montait à 3 à 6 % pour les mesures situées dans un seul plan latéral ; les auteurs recommandent d’étalonner chaque appareil (Song et al., 2019).
- Deux clichés du même patient ne se comparent bien qu’avec le même appareil et les mêmes distances.
Sur un fichier numérique, l’étalonnage se fait en indiquant au logiciel une longueur connue de la réglette. Une mesure en pixels non calibrée ne se compare à aucune norme.
La qualité d’image
Avant toute mesure, vérifiez que le cliché est exploitable :
- netteté et absence de flou de mouvement ;
- contraste suffisant à la fois sur l’os et sur le profil cutané, du front au menton ;
- réglette visible et lisible ;
- champ complet : profil cutané, base du crâne (selle turcique, clivus), orbite, os propres du nez, fente ptérygo-maxillaire, conduit auditif et porion, maxillaire (ENA, ENP), mandibule entière (condyle, ramus, symphyse), incisives, premières molaires et premières vertèbres cervicales, structures que les cours demandent de tracer ;
- position correcte : Francfort horizontal, dédoublements limités, dents en occlusion.
Un cliché imparfait ne se refait pas par réflexe : la question est de savoir si les mesures dont vous avez besoin restent fiables. Une nouvelle exposition se justifie comme la première.
La dose : faible, mais à justifier
La téléradiographie de profil compte parmi les clichés les moins irradiants de l’orthodontie. Sur un fantôme de tête et de cou, Grünheid et collègues mesuraient 4,5 µSv pour une téléradiographie de profil numérique, 21,5 µSv pour une panoramique et 64,7 à 134,2 µSv pour un CBCT selon le protocole (Grünheid et al., 2012). Signorelli et collègues trouvaient de leur côté 5,03 µSv pour la téléradiographie de profil, 8,90 µSv pour la téléradiographie de face et 21,87 µSv pour la panoramique (Signorelli et al., 2016). Ces valeurs dépendent de l’appareil : ce sont des ordres de grandeur.
Une dose faible ne dispense pas de la justification, surtout chez l’enfant suivi pendant la croissance, qui accumule les clichés. La protection thyroïdienne fait débat : une enquête britannique rapporte que les recommandations nationales récentes ne préconisent plus la protection de contact pour la plupart des examens dentaires, et qu’aucun des onze services interrogés ne l’utilisait pour la téléradiographie de profil (Haworth et Drage, 2023). Les règles varient selon les pays : appliquez celles qui vous concernent.
Lire la téléradiographie avant de tracer
La lecture qualitative
Les cours du D.U. imposent un regard d’ensemble avant le premier point. Boileau en fait un dépistage général : selle turcique anormale, impression basilaire, malformation ou agénésie d’une vertèbre cervicale, impressions digitiformes de la voûte, image tumorale. Toute image inhabituelle impose un avis spécialisé.
Viennent ensuite :
- les étages de la face, le point A, les compensations incisives, l’étage inférieur ;
- les signes structuraux de Björk (condyle, symphyse, bord inférieur de la mandibule), pour la direction de croissance ;
- les tissus mous et les fonctions : absence de contact vélo-lingual évoquant une ventilation orale, langue basse ou haute et distale, position du stomion par rapport à l’incisive ;
- les voies aériennes : végétations, amygdales, position de l’os hyoïde. L’EMC décrit des mesures chiffrées et conseille un examen ORL quand les distances sont inférieures de plus d’un écart-type à la moyenne de l’âge, mais aucune mesure isolée ne suffit.
Les points, les plans, les mesures
Le tracé suit un ordre fixe : reconnaissance des structures, points, lignes et plans, mesures. Les définitions et les pièges de chaque point sont détaillés dans l’article sur les points céphalométriques, et l’ensemble du parcours dans le cours complet de céphalométrie.
Certains points sont moins reproductibles que d’autres. Dans une étude sur 20 téléradiographies numériques, le bord libre de l’incisive inférieure était le point le plus constant ; le condylion, le gnathion, l’orbitale et l’épine nasale antérieure étaient les moins fiables, avec une concordance entre observateurs seulement bonne (Durão et al., 2015). Les mesures qui en dépendent se lisent avec prudence.
Une fois les points placés, les analyses de Steiner et de Tweed donnent le décalage sagittal (ANB, SNA, SNB), la divergence et la position des incisives (triangle de Tweed), et le profil s’apprécie avec la ligne S et la ligne E. Aucune valeur isolée ne suffit : seules les mesures lues ensemble, et confrontées au visage du patient, ont un sens.
La téléradiographie de face
La téléradiographie de face (postéro-antérieure) répond à une autre question : le transversal et les asymétries. Elle se prend en relation centrée, avec des critères d’orientation stricts. Voir les asymétries en orthodontie.
S’entraîner sur des téléradiographies
La lecture s’apprend en traçant. L’analyse céphalométrique en ligne est gratuite et sans inscription : vous chargez une téléradiographie, vous calibrez avec la réglette, vous placez les points, et les mesures de Steiner et de Tweed se calculent avec leur interprétation. L’image reste sur votre ordinateur. Un exercice utile : déplacez volontairement l’orbitale ou le gnathion de deux millimètres et observez l’effet sur les mesures. Les logiciels qui placent les points automatiquement se trompent surtout là où l’œil hésite aussi : voir l’intelligence artificielle en céphalométrie.
En pratique
- Justifiez le cliché : quelle question doit-il résoudre ?
- Placez la tête dans le céphalostat, Francfort horizontal, plan sagittal médian parallèle au capteur.
- Dents en OIM, lèvres au repos ; ajoutez un cliché en RC dans une classe III.
- Vérifiez que la réglette est visible et notez la distance source-capteur de l’appareil.
- Contrôlez la qualité : netteté, contraste os et profil, champ complet, dédoublements limités.
- Lisez le cliché avant de tracer : dépistage général, Björk, tissus mous, voies aériennes.
- Calibrez avant toute mesure linéaire ; comparez deux clichés seulement s’ils viennent du même appareil.
- Confrontez toujours les mesures à l’examen clinique.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un télécrâne ?
C’est un autre nom de la téléradiographie de profil : une radiographie latérale du crâne prise à grande distance, la tête fixée dans un céphalostat, qui sert à la céphalométrie. « Télé » renvoie à la distance entre la source et le patient, qui réduit l’agrandissement.
Quelle est la dose d’une téléradiographie de profil ?
Environ 4,5 à 5 µSv dans deux études sur fantôme, soit nettement moins qu’une panoramique (environ 22 µSv dans les mêmes études) et beaucoup moins qu’un CBCT. La valeur exacte dépend de l’appareil.
Pourquoi la réglette est-elle indispensable ?
Parce que l’image est agrandie, d’environ 7 % avec une source à 1,5 m selon les cours. Les angles n’en souffrent pas, mais toute distance en millimètres doit être corrigée avant d’être comparée aux normes.
Faut-il refaire la téléradiographie en fin de traitement ?
Les cours la placent au début et à la fin du traitement, pour évaluer le résultat et le comparer au cliché initial. Comme tout cliché, elle doit répondre à une question : chez l’enfant en croissance, son intervalle se raisonne selon la décision à prendre.
Avec GS Ortho
Dans GS Ortho, l’IA place 29 points sur la téléradiographie de profil, profil cutané compris, puis les analyses de Steiner et de Tweed sont calculées aussitôt. Vous vérifiez et corrigez chaque point avant de valider : la décision reste la vôtre. Les résultats alimentent les planches du studio de diagnostic guidé, qui déroule en 12 planches l’examen clinique, les photos, la céphalométrie et le plan de traitement du même patient. Devant un tracé qui vous fait hésiter, « Demander un avis » envoie la question, planche jointe, au confrère ou à l’encadrant que vous choisissez ; la réponse reste dans le dossier.
Guide rédigé par l’équipe GS Ortho, sous la responsabilité du Dr Seyfeddine Ghenia, médecin dentiste en formation d’orthodontie.