Analyse de Steiner en céphalométrie, mesures et interprétation

L’analyse de Steiner reste l’une des analyses céphalométriques les plus enseignées en orthodontie. Elle est courte, lisible et donne en quelques mesures une image du décalage squelettique et de la position des incisives. Cet article reprend ses points, ses plans, ses valeurs moyennes et, surtout, ses limites. L’objectif : l’utiliser avec discernement, sans en faire un verdict.

Les principes de l’analyse de Steiner

Cecil C. Steiner a proposé son analyse au début des années 1950. Il a sélectionné, parmi les analyses de son époque, les mesures qui lui semblaient les plus utiles en clinique. Le résultat tient sur une seule fiche.

L’analyse repose sur une idée simple : la base du crâne antérieure, représentée par la ligne S-N, sert de référence. Les maxillaires, la mandibule et les incisives sont situés par rapport à elle.

Trois volets se dégagent :

  • le squelette : position sagittale des maxillaires et divergence ;
  • les dents : inclinaison et position des incisives supérieures et inférieures ;
  • les tissus mous : position des lèvres par rapport à la ligne S de Steiner.

Points et plans de référence

Les points céphalométriques

Le tracé commence par l’identification des points sur la téléradiographie de profil. Leur précision conditionne toutes les mesures qui suivent.

PointDéfinition courante
S (Sella)Centre de la selle turcique
N (Nasion)Point le plus antérieur de la suture fronto-nasale
A (point sous-épinal)Point le plus profond de la concavité antérieure du maxillaire
B (point supramental)Point le plus profond de la concavité antérieure de la symphyse mandibulaire
Pog (Pogonion)Point le plus antérieur de la symphyse
Me (Menton)Point le plus inférieur de la symphyse
Gn (Gnathion)Point situé entre Pog et Me sur le contour de la symphyse
Go (Gonion)Point de l’angle mandibulaire, souvent construit par bissectrice

S’y ajoutent les bords libres et les apex des incisives, ainsi que les points cutanés nécessaires à la ligne S (columelle du nez et pogonion cutané).

Les plans de référence

Les points définissent quelques lignes et plans :

  • S-N : la ligne de référence de la base du crâne ;
  • N-A et N-B : les lignes qui situent chaque maxillaire et servent aussi de repère aux incisives ;
  • Go-Gn : le plan mandibulaire retenu par Steiner ;
  • le plan d’occlusion : passant par le recouvrement des molaires et des prémolaires.

Le choix de Go-Gn comme plan mandibulaire est propre à Steiner. D’autres analyses, comme celle de Tweed, utilisent un plan mandibulaire tangent au bord inférieur. Les valeurs ne sont donc pas directement comparables d’une analyse à l’autre.

Mesures squelettiques et dentaires de Steiner

Les mesures squelettiques

  • SNA : situe le maxillaire par rapport à la base du crâne.
  • SNB : situe la mandibule par rapport à la base du crâne.
  • ANB : différence SNA − SNB ; elle exprime le décalage sagittal entre les deux maxillaires.
  • SN-GoGn : angle entre la base du crâne et le plan mandibulaire ; il renseigne sur la divergence faciale.

Les mesures dentaires

  • I/NA en degrés : inclinaison de l’incisive supérieure par rapport à N-A.
  • I/NA en mm : distance entre le point le plus vestibulaire de la couronne et la ligne N-A.
  • i/NB en degrés : inclinaison de l’incisive inférieure par rapport à N-B.
  • i/NB en mm : distance entre le point le plus vestibulaire de la couronne et la ligne N-B.
  • Angle interincisif : angle formé par les grands axes des deux incisives.

Les valeurs moyennes usuelles

Les valeurs ci-dessous sont celles que l’on retrouve le plus souvent dans l’enseignement. Les écarts-types varient selon les sources et les populations. Ces normes ont été établies sur des échantillons d’origine nord-américaine : leur transposition à une autre population demande de la prudence.

MesureValeur moyenne usuelle
SNA82° ± 2°
SNB80° ± 2°
ANB2° ± 2°
SN-GoGn32° environ
I/NA22° et 4 mm
i/NB25° et 4 mm
Angle interincisif130° à 131° environ

Interpréter les résultats

Le décalage squelettique

L’ANB est la mesure la plus citée. Les repères habituels sont les suivants, avec des seuils qui varient légèrement selon les auteurs :

  • ANB proche de 2° : rapport squelettique de classe I ;
  • ANB nettement supérieur à 4° : tendance à la classe II squelettique ;
  • ANB nul ou négatif : tendance à la classe III squelettique.

Le SNA et le SNB précisent l’origine du décalage. Un ANB élevé peut venir d’un maxillaire avancé, d’une mandibule en retrait, ou des deux. La conduite à tenir n’est pas la même.

La divergence

Un SN-GoGn élevé oriente vers une typologie hyperdivergente. Une valeur faible oriente vers une typologie hypodivergente. Cette lecture se croise utilement avec le FMA de l’analyse de Tweed.

La position des incisives

Les mesures dentaires indiquent si les incisives sont proalvéolées, rétroalvéolées ou bien placées sur leur base. Elles permettent aussi de repérer les compensations dento-alvéolaires : dans une classe II squelettique, l’incisive inférieure est souvent vestibulée ; dans une classe III, elle est souvent lingualée.

Les limites de l’ANB et l’apport du Wits

L’ANB est pratique, mais il n’est pas fiable dans toutes les situations. Plusieurs facteurs le modifient sans que le rapport entre les maxillaires change réellement :

  • la position de N : un nasion situé plus en avant ou plus en arrière que la moyenne modifie l’ANB ;
  • l’inclinaison de S-N : une base du crâne plus ou moins inclinée fausse SNA et SNB ;
  • la rotation des maxillaires : une rotation horaire tend à augmenter l’ANB, une rotation antihoraire à le diminuer ;
  • la hauteur faciale : plus A et B sont éloignés de N, plus un même décalage linéaire se traduit par un angle différent.

C’est pour cette raison que l’on complète souvent l’ANB par le Wits (« Wits appraisal »), décrit par Jacobson en 1975. Le Wits n’est pas une mesure de Steiner. Il consiste à projeter les points A et B perpendiculairement sur le plan d’occlusion fonctionnel, puis à mesurer la distance entre ces projections (AO et BO).

Les valeurs de référence souvent citées sont proches de 0 mm chez la femme et d’environ −1 mm chez l’homme. Le Wits a lui aussi ses faiblesses : il dépend directement du tracé du plan d’occlusion, qui peut être difficile à définir en denture mixte ou en cas de courbe de Spee marquée.

Quand l’ANB et le Wits divergent, aucun chiffre ne tranche seul. L’examen clinique du profil, la position des incisives et les autres analyses prennent alors le relais.

La boîte de Steiner et les chevrons

Steiner ne s’est pas limité au diagnostic. Il a proposé une démarche de planification qui part d’un constat : chez un patient dont l’ANB ne sera pas normalisé, viser les valeurs moyennes des incisives n’est pas toujours réaliste.

Les chevrons de Steiner traduisent cette idée sous forme de « compromis acceptables ». Pour un ANB donné, ils proposent une position des incisives supérieure et inférieure par rapport à N-A et N-B. Le principe général est le suivant : plus l’ANB est élevé, plus on accepte une incisive inférieure avancée et une incisive supérieure plus redressée, pour compenser le décalage squelettique.

La boîte de Steiner organise ensuite le raisonnement : situation initiale, objectif de position des incisives, besoin d’espace, effet attendu de la croissance ou de la mécanique. Elle aide à vérifier la cohérence d’un plan de traitement. Son remplissage ligne par ligne est détaillé dans l’article sur la boîte de Steiner.

Deux précautions s’imposent. D’abord, les valeurs des chevrons diffèrent selon les reproductions et les éditions : reportez-vous à la source utilisée dans votre formation. Ensuite, ces compromis ont été pensés pour une époque et une population données. Ils guident la réflexion, ils ne remplacent pas l’examen du parodonte, du profil et des tissus mous.

En pratique

Avant de commenter une analyse de Steiner, vérifiez les points suivants :

  1. La téléradiographie est de bonne qualité, en occlusion, tête correctement orientée.
  2. Les points S, N, A et B sont placés avec soin, en particulier A et B, souvent peu contrastés.
  3. Le plan mandibulaire utilisé est bien Go-Gn, et non un autre plan.
  4. L’ANB est confronté au Wits et à l’examen clinique du profil.
  5. Les mesures dentaires sont lues avec le décalage squelettique en tête.
  6. Les normes sont adaptées, autant que possible, à la population du patient.

Si les points sont placés par un outil automatique, la vérification reste indispensable. L’article sur l’intelligence artificielle en céphalométrie détaille les points les plus souvent mal placés.

Avec GS Ortho

Dans GS Ortho, l’IA place 29 points sur la téléradiographie de profil et l’analyse de Steiner est calculée aussitôt. Vous corrigez chaque point si besoin, puis vous validez : la décision reste la vôtre. Les résultats alimentent les planches « Steiner » et « boîte de Steiner » du studio de diagnostic, aux côtés du Tweed et de la synthèse. Un résident peut demander l’avis de son encadrant directement depuis la planche.

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