Angle ANB, SNA et SNB : normes, classes squelettiques, Wits

L’ANB est souvent le premier chiffre que l’on cherche sur une téléradiographie de profil : un seul angle pour résumer le rapport sagittal entre les maxillaires. C’est aussi l’un des plus faciles à surinterpréter. Cet article reprend SNA, SNB et ANB, leurs normes et les classes squelettiques enseignées au D.U., les pièges de l’ANB, le Wits, l’angle interincisif et le passage aux chevrons de Steiner. Pour le reste de l’analyse, voir l’analyse de Steiner.

Quatre points et une ligne : S, N, A et B

Les trois angles partagent la même ligne de référence, S-N, qui représente la base du crâne antérieure, et les mêmes points :

  • S : centre de la selle turcique ;
  • N : point le plus antérieur de la suture fronto-nasale ;
  • A : point le plus postérieur de la concavité alvéolaire antérieure du maxillaire, entre l’épine nasale antérieure et le prosthion ;
  • B : même définition à la mandibule.

A et B, dans un os alvéolaire peu contrasté, sont parmi les points les plus difficiles à placer ; un nasion mal placé modifie d’un seul coup SNA, SNB et ANB. Le cours complet de céphalométrie détaille le tracé.

L’angle SNA : la position du maxillaire

SNA est l’angle formé au nasion par S-N et N-A. Il situe le maxillaire, plus exactement le point A, par rapport à la base du crâne.

  • Norme : 82° ± 2°.
  • Au-delà de 84° : prognathie maxillaire.
  • En deçà de 80° : rétrognathie maxillaire.

Deux précautions : A est un point périosté qui se remodèle, et SNA décrit sa position par rapport à S-N, pas la taille du maxillaire. L’école de Delaire jugeait d’ailleurs SNA trop sensible au remodelage de A et appréciait l’orientation du maxillaire par d’autres mesures.

L’angle SNB : la position de la mandibule

SNB est l’angle entre S-N et N-B. Il situe la mandibule, par le point B, par rapport à la base du crâne.

  • Norme : 80° ± 2°.
  • Au-delà de 82° : prognathie mandibulaire.
  • En deçà de 78° : rétrognathie mandibulaire.

Le point B est alvéolaire, donc influencé par l’incisive inférieure. La fiche de Steiner du D.U. ajoute donc le SND (norme 76° ± 2°), D étant le centre de la symphyse : un SNB bas confirmé par un SND bas oriente plus sûrement vers une rétrognathie mandibulaire. Le SNB varie très peu en traitement et n’augmente guère que si le vertical diminue.

L’angle ANB : définition et valeur normale

ANB est l’angle entre N-A et N-B ; en pratique, on le calcule par SNA − SNB. Il exprime le décalage sagittal entre les bases :

  • Norme : 2° ± 2°.
  • Une valeur positive signifie que A est en avant de B, vu depuis le nasion ; une valeur négative, que B est en avant de A.

Les classes squelettiques de Ballard

La classification squelettique usuelle par l’ANB, attribuée à Ballard, est celle des cours du D.U. et de notre outil gratuit d’analyse céphalométrique :

ANBClasse squelettiqueLecture habituelle
0° à 4°Classe IRapport sagittal équilibré
Plus de 4°Classe IIMaxillaire en avant, ou mandibule en retrait
Moins de 0°Classe IIIMandibule en avant, ou maxillaire en retrait

La classe squelettique et la classe d’occlusion sont deux diagnostics séparés, qui ne concordent pas toujours. Les bornes restent des repères : chez Tweed, le tableau céphalométrique retient 0 à 4°, mais l’index de difficulté crânio-faciale 1 à 5°. Une valeur proche d’une borne demande une seconde lecture.

Lire l’ANB avec SNA et SNB

L’ANB dit combien ; SNA et SNB disent où. Un même ANB de 7° peut venir d’un maxillaire avancé, d’une mandibule en retrait ou des deux, et le raisonnement thérapeutique n’est pas le même.

ANBSNASNBLecture habituelle
AugmentéAugmenté (> 84°)NormalClasse II par prognathie maxillaire
AugmentéNormalDiminué (< 78°)Classe II par rétrognathie mandibulaire
AugmentéAugmentéDiminuéClasse II mixte
NormalDiminuéDiminuéClasse I birétrognathe
DiminuéDiminué (< 80°)NormalClasse III par rétrognathie maxillaire
DiminuéNormalAugmenté (> 82°)Classe III par prognathie mandibulaire

Exemple enseigné : ANB 4°, Wits −1 mm, SNA 79°, SNB 75°. La lecture est une classe I squelettique birétrognathe, pas une classe II.

Le siège compte surtout dans la classe III, où il figure parmi les critères de décision : l’insuffisance maxillaire répond mieux à l’orthopédie. Les mesures incisives montrent ensuite les compensations : rétroalvéolie supérieure et proalvéolie inférieure dans la classe II, l’inverse dans la classe III.

Pourquoi l’ANB peut tromper

L’ANB est commode, mais il dépend de structures étrangères au rapport entre les bases :

  • la position du nasion : Bassigny, référence française ancienne, relevait déjà qu’un même décalage des bases donne des ANB différents selon la position de N et la typologie faciale ;
  • l’inclinaison de S-N : une base du crâne plus ou moins inclinée déplace SNA et SNB ensemble ;
  • la rotation mandibulaire : une rotation horaire tend à augmenter l’ANB, une rotation antihoraire à le diminuer ;
  • le sens vertical : les cours insistent sur son influence. Dans une classe III hyperdivergente, la rotation postérieure recule le point B et peut « normaliser » faussement l’ANB (Boileau).

La littérature propose des « normes flottantes », équations qui individualisent l’ANB attendu. Sur 71 sujets caucasiens à occlusion normale, la prédiction s’améliorait en ajoutant l’inclinaison du plan palatin, l’angle de la base du crâne, l’axe facial de Ricketts et l’indice de Hasund (Paddenberg et coll., 2021, J Orofac Orthop, PubMed). L’effectif est réduit, mais le message rejoint les cours : un ANB « normal » dépend du visage auquel il appartient.

Deux autres exemples enseignés montrent l’enjeu :

  • ANB 2° avec un Wits de −3 mm et un SND de 80° : un ANB normal qui cache une tendance à la classe III ;
  • ANB 6° avec une occlusion de classe I : une classe II squelettique masquée par la vestibuloversion des incisives inférieures (IMPA 103°, i/NB 35°).

Le Wits (AoBo)

Le Wits, décrit par Jacobson, mesure le même décalage sans passer par le nasion : on projette A et B perpendiculairement sur le plan d’occlusion (Ao et Bo) et l’on mesure la distance entre les projections, positive quand Ao est en avant de Bo.

Sur les fiches du D.U., le plan d’occlusion passe par le milieu des recouvrements molaire et incisif ; Jacobson utilisait le plan d’occlusion fonctionnel. Notez celui que vous choisissez.

Deux normes, deux traditions

SourceNorme
Supports de Steiner du D.U.0 ± 2 mm
Fiches de Tweed2 ± 2 mm
Valeurs citées pour la description de JacobsonEnviron 0 mm chez la femme, −1 mm chez l’homme

Avec la norme 0 ± 2 mm, les cours de classe II et de classe III lisent un Wits supérieur à 2 mm comme une classe II squelettique (2 à 5 mm : légère) et inférieur à −2 mm comme une classe III. Une fiche de Tweed écrit même la plage de façon ambiguë. Un Wits ne veut rien dire sans la norme à laquelle on le compare : précisez toujours la vôtre.

Forces et faiblesses

Sa force : il est peu influencé par le vertical. Selon Boileau, un Wits négatif est plus fiable que l’ANB dans la classe III, surtout chez l’hyperdivergent. Ses faiblesses :

  • il dépend du tracé du plan d’occlusion, délicat en denture mixte ou si l’occlusion est irrégulière, et ce repère dentaire bouge avec les dents ;
  • c’est une mesure linéaire : laissé en pixels, il n’est comparable à aucune norme, et l’agrandissement (environ 7 % à 1,5 m) doit être le même entre deux clichés comparés.

Notre outil gratuit calcule SNA, SNB, ANB et l’angle interincisif ; le Wits se mesure à part.

ANB ou Wits : lequel croire ?

Aucun des deux seul. Les cours les enseignent en couple : l’ANB se confirme par le Wits. La littérature ne détrône pas l’ANB pour autant. Chez 146 adultes, l’ANB montrait le meilleur accord avec le diagnostic final (kappa 0,802) et la meilleure sensibilité et valeur prédictive positive en classe II, tandis que le Wits, l’angle Bêta et l’angle de convexité de Downs se montraient performants en classe III (Ahmed et coll., 2018, Dental Press J Orthod, PubMed). Limites : un seul centre, des adultes, et un diagnostic de référence construit à partir de la majorité de ces mêmes mesures.

Quand ils divergent, aucun chiffre ne tranche : regardez le profil, le vertical, SNA et SNB, et, en cas de proglissement, comparez les tracés en relation centrée et en intercuspidie maximale.

L’angle interincisif : normes et variantes

L’angle interincisif (I/i) est l’angle formé par les grands axes (bord libre-apex) des incisives centrales supérieure et inférieure. Mesure dento-dentaire, il confirme le diagnostic dento-squelettique. Sa norme varie selon l’analyse :

Analyse ou auteurNorme
Steiner (cours du D.U., Boileau)131° ± 5°
Tweed (valeur attribuée par les cours et Boileau)135° ± 5°
Ricketts (Boileau)130° ± 5°
Bassigny (valeurs d’usage françaises anciennes)125° à 130°

Un cours cite aussi 125° « selon Ricketts », valeur que Boileau ne retrouve pas ; elle correspond vraisemblablement à la borne basse de la norme de Bassigny, sans certitude. Chaque analyse a sa cible : utilisez celle de l’analyse que vous suivez. Notre outil applique la norme de Steiner, 131° ± 5°.

Avec la norme de Steiner :

  • au-delà de 136° : linguoversion d’une ou des deux incisives ; birétroalvéolie si l’angle est très ouvert ;
  • en deçà de 126° : vestibuloversion d’une ou des deux incisives ; biproalvéolie si l’angle est très fermé.

L’angle seul ne dit pas quelle incisive est en cause : I/NA et i/NB le précisent. Repères des cours : dans la classe II division 2, il dépasse presque toujours 140° ; un cas avec I-NA 8 mm et 29°, i-NB 9 mm et 30° et un angle de 120° signe une biproalvéolie. Selon Björk, il est ouvert en rotation mandibulaire antérieure, fermé en rotation postérieure. Enfin, Boileau cite la population maghrébine parmi celles dont les incisives sont normalement plus vestibulées : prudence avec des normes nord-américaines.

L’ANB dans le plan de traitement : les chevrons de Steiner

L’ANB est aussi le point de départ du pronostic de Steiner. Au deuxième chevron, on estime l’ANB de fin de traitement, puis on lit la position incisive jugée acceptable pour cet ANB :

  • en croissance, conditions favorables (croissance résiduelle, rotation antérieure, orthopédie possible, coopération) : ANB de fin ≈ ANB initial / 2 + 1, à pondérer à la baisse si les conditions sont moins favorables ;
  • adulte hors croissance : l’orthodontie seule ne modifie pas l’ANB, on garde l’ANB initial.

Exemple : un garçon en croissance avec un ANB de 6° donne un ANB de fin estimé à 6 / 2 + 1 = 4°. Le compromis de Steiner pour 4° place l’incisive supérieure à 20° et 2 mm de N-A, l’inférieure à 27° et 4,5 mm de N-B. Le poly de Steiner retient 4,25 mm dans son exemple chiffré : lisez toujours le tableau, pas l’exemple.

Ce compromis n’est défini que pour un ANB de fin compris entre −1° et 8° ; au-delà, la compensation incisive ne suffit pas et la correction du décalage squelettique est à discuter. Le calculateur des chevrons de Steiner applique ces règles pas à pas, et l’outil d’analyse céphalométrique peut lui transmettre l’ANB mesuré. Le bilan d’espace qui suit est détaillé dans la boîte de Steiner.

Seuils chirurgicaux : des variantes, pas des règles

Les cours ne s’accordent pas sur un seuil unique d’ANB pour la chirurgie orthognathique :

  • Classe II : un cours admet la compensation après la croissance sous 8° d’ANB et pose l’ortho-chirurgie au-delà. Dans l’approche de Tweed, 4 à 7° correspondent à une classe II légère compatible avec le non-extraction, le schéma favorable de Horn comprend un ANB ≤ 6°, et le risque d’échec augmente à partir de 7°. Boileau ne donne aucun seuil d’ANB et s’appuie sur le parodonte, le profil, le vertical et l’asymétrie (voir le diagnostic de la classe II).
  • Classe III : un cours fait d’un ANB inférieur à −2° une classe III sévère, indication chirurgicale après la croissance, alors que le diagnostic commence sous 0° ; un autre ne donne aucun chiffre. Boileau raisonne sur plusieurs critères (sévérité, esthétique, vertical ou transversal associés, compensations) et préfère le Wits chez l’hyperdivergent (voir le diagnostic de la classe III).

Un seuil d’ANB isolé reste un repère ; la décision appartient au praticien. Voir aussi les indications de la chirurgie orthognathique.

L’ANB peut-il changer en cours de traitement ?

Oui, pour des raisons à distinguer :

  • la croissance : les types de Tweed comparent l’ANB sur deux téléradiographies à 6 mois ou 1 an d’intervalle : constant (type A, environ 25 %), en hausse (type B, environ 15 %) ou en baisse par rattrapage mandibulaire (type C, environ 60 %) ;
  • la mécanique : en classe II, l’égression molaire fait tourner la mandibule en bas et en arrière et augmente l’ANB ;
  • la fonction : dans un cas de classe III avec proglissement, la correction de l’articulé inversé a fait passer l’ANB de −3° à −1° et le Wits de −8 à −4 mm ;
  • la compensation : dans un exemple de classe II, l’ANB passe de 5° à 3° quand l’IMPA monte de 84° à 97°.

En pratique

  1. Placez S, N, A et B avec soin, N et A en premier.
  2. Lisez SNA et SNB avant l’ANB, pour savoir d’où vient le décalage.
  3. Classez avec les bornes de Ballard (0 à 4°, plus de 4°, moins de 0°) et questionnez toute valeur proche d’une borne.
  4. Confirmez l’ANB par le Wits, en notant la norme et le plan d’occlusion utilisés.
  5. Vérifiez le vertical : chez l’hyperdivergent, l’ANB peut sous-estimer une classe III.
  6. Lisez l’angle interincisif avec la norme de l’analyse suivie, puis I/NA et i/NB pour savoir quelle incisive est en cause.
  7. Comparez la classe squelettique à l’occlusion et au profil.
  8. Pour le plan de traitement, estimez l’ANB de fin (ANB / 2 + 1 en croissance, inchangé chez l’adulte) et restez entre −1° et 8° pour le compromis de Steiner.

Questions fréquentes

Quelle est la valeur normale de l’angle ANB ?

2° ± 2°. Selon Ballard, 0 à 4° correspond à une classe I squelettique, plus de 4° à une classe II, moins de 0° à une classe III. L’ANB dépend du nasion et du vertical : confirmez-le par le Wits et le profil.

Qu’est-ce que l’angle SNA ?

L’angle entre S-N et N-A, qui situe le maxillaire par rapport à la base du crâne. Norme 82° ± 2° : au-delà de 84°, prognathie maxillaire ; en deçà de 80°, rétrognathie maxillaire. SNB (80° ± 2°) situe la mandibule ; l’ANB est la différence entre les deux.

Que signifie un ANB élevé ?

Au-delà de 4°, il oriente vers une classe II squelettique ; SNA et SNB disent si elle vient du maxillaire, de la mandibule ou des deux. Une rotation horaire ou un nasion atypique peuvent aussi le gonfler : vérifiez le Wits et le vertical.

Faut-il utiliser l’ANB ou le Wits ?

Les deux. Le Wits ne dépend pas du nasion et peu du vertical, donc plus fiable dans la classe III hyperdivergente, mais il dépend du plan d’occlusion et a deux normes (0 ± 2 mm et 2 ± 2 mm). En cas de désaccord, l’examen clinique tranche.

Quelle est la norme de l’angle interincisif ?

Elle dépend de l’analyse : 131° ± 5° chez Steiner, 135° ± 5° attribués à Tweed, environ 130° chez Ricketts, 125 à 130° chez Bassigny. Avec la norme de Steiner, au-delà de 136° on évoque une linguoversion incisive, en deçà de 126° une vestibuloversion.

Avec GS Ortho

Dans GS Ortho, l’IA place 29 points sur la téléradiographie de profil ; SNA, SNB et ANB sont calculés aussitôt avec le reste des analyses de Steiner et de Tweed, et le Wits dès que vous tracez le plan d’occlusion. Vous vérifiez et corrigez chaque point, puis validez : la décision reste la vôtre. Le studio de diagnostic guidé, en 12 planches, signale une classe squelettique indéterminée quand l’ANB et le Wits divergent, et l’avis d’un orthodontiste se demande à un clic, depuis le cas.

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