Points céphalométriques : définitions et erreurs fréquentes

Une mesure céphalométrique ne vaut que par les points qui la portent. Un Nasion placé trop haut, un Gonion pris sur le mauvais contour, un apex arrêté à mi-racine : SNA, la divergence ou l’axe incisif changent sans que le patient ait changé. Cet article porte sur les points de repère céphalométriques eux-mêmes : définitions par région, pièges enseignés au D.U., propagation des erreurs et études de reproductibilité. Pour la démarche d’ensemble (cliché, plans, normes, tracé pas à pas), commencez par notre cours complet de céphalométrie : il résume les 15 points de base, que cet article approfondit sans les répéter.

Points anatomiques, points construits, structures bilatérales

Les points anatomiques se repèrent directement sur le cliché (Sella, Menton, bord incisif). Les points construits s’obtiennent à partir de lignes : le Gonion par une bissectrice, les points E et L par projection sur S-N. Un même nom peut recouvrir deux définitions qui ne donnent pas la même position.

Autre distinction, plus importante encore : les structures médianes (selle turcique, suture fronto-nasale, symphyse, incisives) donnent une seule image ; les structures bilatérales (conduits auditifs, orbites, angles et bords mandibulaires, molaires) se projettent deux fois, décalées par l’agrandissement, une rotation de la tête ou une asymétrie vraie. La plupart des points difficiles sont bilatéraux.

Dans les tableaux, les points en gras sont les 15 points de notre outil gratuit d’analyse céphalométrique, suffisants pour Steiner et Tweed, avec la définition de l’outil.

Base du crâne, oreille et orbite

PointDéfinitionSert àPièges
S (Sella)Centre de la selle turciqueS-N, donc SNA, SNB, SN-GoGnCentre estimé à l’œil ; une selle de forme anormale impose un avis spécialisé
N (Nasion, Na)Point le plus antérieur de la suture fronto-nasaleS-N, N-A, N-B : SNA, SNB, ANB, position des incisivesSuture parfois peu visible ; une erreur touche tout Steiner
Po (Porion)Point le plus haut du conduit auditif externePlan de Francfort (FMA, FMIA, angle Z)Dédoublé, peu contrasté ; conduit ovale de 8 à 10 mm, grand axe à environ 45° de Francfort ; ne pas le confondre avec les olives du céphalostat
Or (Orbitale)Point le plus bas du rebord orbitaire (« point sous-orbitaire »)Plan de FrancfortDeux orbites superposées : appliquer une convention, souvent le point médian
Ba (Basion)Bord antérieur du trou occipitalAngle N-S-Ba, autres analysesZone chargée ; les cours situent le sommet de l’odontoïde 4 à 6 mm sous le Basion
EProjection orthogonale sur S-N de la tangente au bord postérieur du condyleSE de SteinerDépend du contour du condyle, souvent dédoublé
LProjection orthogonale du Pogonion sur S-NSL de Steiner (51 mm ± 2)Hérite de toute erreur sur le Pogonion et sur S-N

Pour SE, le polycopié de Steiner du D.U. donne 22 mm ± 2, Boileau 21 mm : écart mineur, à connaître si vous changez de support. Une baisse de SE en cours de traitement évoque un proglissement postural et une récidive probable.

Attention aux abréviations : le Nasion s’écrit N ou Na, le Porion Po ou Pr, et dans les polycopiés de Steiner « Po-NB » désigne le Pogonion, pas le Porion.

Le maxillaire

PointDéfinitionSert àPièges
A (point sous-épinal)Point le plus profond de la concavité antérieure du maxillaire (les cours précisent : entre l’ENA et le prosthion)SNA, ANB, I/NA et I-NA, WitsPeu contrasté ; point périosté, remodelé quand l’incisive se déplace
ENAExtrémité antérieure du palais osseux (épine nasale antérieure, ANS en anglais)Plan palatin, hauteur faciale antérieureParmi les moins reproductibles (voir plus bas)
ENPExtrémité postérieure du palais osseuxPlan palatinPeu contrastée : tracer tout le palais d’abord
PtmSommet de la fente ptérygo-maxillaireAutres analysesFentes bilatérales, souvent dédoublées

Le point A pose un problème de fond : périosté, il se remodèle avec le mouvement incisif. L’école de Delaire, citée par l’EMC, juge d’ailleurs l’orientation du maxillaire sur un autre angle que SNA.

La mandibule

PointDéfinitionSert àPièges
B (point supramental)Point le plus profond de la concavité antérieure de la symphyseSNB, ANB, i/NB et i-NB, WitsInfluencé par la position de l’incisive inférieure
DCentre du corps symphysaireSND de Steiner (76° ± 2)Non influencé par l’incisive, mais centre estimé
Pog (Pogonion)Point le plus antérieur de la symphysePo-NB, rapport de Holdaway, ligne A-Pog, point LContour parfois flou ; le point L en dépend
PmSuprapogonionAutres analysesDépend de la lecture de la courbure du menton
Gn (Gnathion)Point du contour de la symphyse situé entre Pogonion et MentonPlan mandibulaire de Steiner (Go-Gn)Deux constructions enseignées (voir ci-dessous)
Me (Menton)Point le plus inférieur de la symphysePlan mandibulaire, hauteur faciale antérieureBord inférieur parfois flou
Go (Gonion)Point le plus postéro-inférieur de l’angle mandibulaireGo-Gn, plan mandibulaireDouble contour ; deux définitions (voir ci-dessous)
Ar (Articulare)Croisement du bord postérieur du ramus et du clivusHauteur faciale postérieure de Tweed (Ar-Go, 45 mm)Croisement de deux ombres : bouge dès qu’un contour est dédoublé
XiCentre du ramusAutres analysesConstruit à partir du contour du ramus

Gnathion et Gonion : un nom, deux définitions

Le Gnathion est soit construit (la bissectrice de l’angle entre N-Pog et le plan mandibulaire coupe la symphyse, dans le cours de Steiner), soit placé à égale distance du Pogonion et du Menton (support de formation initiale). Notre outil retient une définition descriptive : un point du contour de la symphyse situé entre Pogonion et Menton.

Le Gonion est construit dans les cours : la bissectrice de l’angle entre la tangente au bord postérieur du ramus et le plan mandibulaire coupe l’angle. Notre outil le définit comme le point le plus postéro-inférieur de l’angle mandibulaire. Les positions peuvent différer légèrement : comparez des mesures obtenues avec la même définition, surtout entre deux tracés du même patient.

Le double contour mandibulaire

Quand les deux hémi-mandibules ne se superposent pas, les cours (d’après Bassigny) disent :

  • si les deux contours se croisent à l’angle, tracer le bord le plus postérieur pour le ramus et le bord le plus haut pour le corps ;
  • s’ils sont décalés sans se croiser, tracer la moyenne et noter un possible signe d’asymétrie.

Selon la littérature, un double contour des branches sans aucune intersection serait pathognomonique d’une latérognathie (Choquin), et une branche entièrement incluse dans l’image de l’autre évoque une hypocondylie. Un dédoublement important fait vérifier la position de la tête, puis le visage : voir notre article sur les asymétries en orthodontie.

Les dents

PointDéfinitionSert àPièges
UIE / UIABord libre, puis apex de la racine, de l’incisive centrale supérieureI/NA, angle interincisifApex masqué : suivre la racine jusqu’au bout
LIE / LIABord libre, puis apex de la racine, de l’incisive centrale inférieurei/NB, IMPA, FMIA, angle interincisifChoisir l’incisive la plus vestibulée ; en denture mixte, distinguer dent en place et germe
UIL / LILPoint le plus vestibulaire de la couronne de l’incisive supérieure, et de l’inférieureI-NA et i-NB en millimètresFacultatifs dans notre outil ; exigent une calibration
Premières molairesMilieu du recouvrement des cuspides des premières molairesPlan d’occlusion (Occ/SN, Occ/FH, Wits)Deux molaires superposées par arcade ; délicat en denture mixte

Le plan d’occlusion va du milieu du recouvrement molaire au milieu du recouvrement incisif. Steiner le rapporte à S-N (14°), Tweed à Francfort (10°, de 8 à 12°) : ne reportez jamais une valeur dans l’autre analyse. Selon Boileau, la première molaire maxillaire est normalement perpendiculaire au plan d’occlusion, la mandibulaire forme avec lui un angle d’environ 100° ouvert vers l’avant : un repère quand les images se chevauchent.

Les points du profil cutané

Point ou mesureDéfinitionSert à
Pogonion cutanéPoint le plus antérieur du menton cutanéLignes S, Z et E ; TC
Lèvre la plus saillanteLa plus protrusive des deux lèvresLigne Z de Merrifield, angle Z (75° ± 5 au D.U., 78° chez Boileau)
« S nasal »Milieu de l’aile du nezLigne S de Steiner : les lèvres doivent l’effleurer
Épaisseur de la lèvre supérieure (UL)Du point le plus saillant de la lèvre supérieure à la face vestibulaire de l’incisive centrale supérieureTweed-Merrifield, comparée au TC
Menton total (TC)Du pogonion cutané à sa projection sur N-BOn attend TC au moins égal à UL

Pour la ligne E de Ricketts, Boileau place la lèvre supérieure à −1 mm et l’inférieure à 0 mm ; l’analyse simplifiée de Ricketts reprise par l’EMC donne une lèvre inférieure à −2 ± 2 mm à 9 ans : précisez la source utilisée. Des lèvres crispées faussent tout le profil. Enfin, l’angle Z se mesure sur Francfort : une erreur sur Po ou Or le fausse aussi.

Comment une erreur de point se propage aux mesures

Seule la composante perpendiculaire compte

Une erreur ne pèse que par sa composante perpendiculaire à la ligne que le point définit : déplacer le point A le long de N-A change à peine SNA, le déplacer vers l’avant ou l’arrière le change directement. Sur 1 116 tracés réalisés par trois examinateurs, la variance orthogonale aux plans de référence comptait, la variance parallèle non, et chaque point avait son « enveloppe d’erreur » (Grogger et al., 2018, Int J Oral Maxillofac Surg, PubMed). La coordonnée horizontale du point A y dominait l’erreur de SNA, d’ANB et du Wits ; celle, verticale, du Nasion l’erreur de SNB. Les patients étaient des cas chirurgicaux.

La distance au sommet de l’angle

L’erreur angulaire vaut à peu près l’erreur perpendiculaire divisée par la distance au sommet (en radians) : 1 mm à 60 mm du sommet déplace une ligne d’environ 1°, 1 mm sur un segment de 20 mm d’environ 3°. D’où la sensibilité des lignes courtes, comme l’axe incisif, à un apex placé trop court.

Un point, plusieurs mesures

Dans notre outil gratuit :

PointMesures touchées
SSNA, SNB, ANB, SN-GoGn
NSNA, SNB, ANB, SN-GoGn, I/NA et I-NA, i/NB et i-NB
ASNA, ANB, I/NA, I-NA
BSNB, ANB, i/NB, i-NB
Po, OrFMA, FMIA
GoSN-GoGn, FMA, IMPA, FMIA
GnSN-GoGn
MeFMA, IMPA, FMIA
Bords libres et apex incisifsI/NA, i/NB, angle interincisif, IMPA, FMIA
Faces vestibulaires (UIL, LIL)I-NA et i-NB en millimètres (après calibration)

Un Nasion mal placé fausse tout le volet Steiner ; un Gonion mal placé, les deux mesures de divergence. Dans notre outil, le FMIA est calculé comme 180 − FMA − IMPA : le triangle de Tweed se ferme toujours. Le contrôle des 180° sert quand les trois angles sont mesurés séparément, au tracé manuel ; il ne détecte pas une erreur sur Francfort.

Les distances ajoutent l’agrandissement (environ 7 % pour une source à 1,5 m, selon les cours) : sans calibration, une valeur en millimètres ne se compare pas aux normes.

Les points céphalométriques sont-ils reproductibles ?

  • Certains points sont bien moins fiables que d’autres. Sur 20 téléradiographies et 17 points, orthodontistes et radiologues repéraient le mieux le bord de l’incisive inférieure ; condylion, gnathion, orbitale et épine nasale antérieure étaient les moins fiables (écart-type de 5,92 mm pour le Gnathion chez les orthodontistes). L’accord intra-observateur était excellent, l’accord inter-observateurs seulement bon (Durão et al., 2015, Imaging Sci Dent, PubMed). Petit échantillon, référence = moyenne des observateurs.
  • Porion et pogonion divisent les observateurs. Sur 50 patients tracés trois fois par deux observateurs, les seules différences significatives entre eux portaient sur le porion, le pogonion et un point du ramus ; film et écran donnaient les mêmes résultats (Yu et al., 2008, Am J Orthod Dentofacial Orthop, PubMed).
  • La formation compte. Sur 277 analyses de 161 étudiants en dentaire, comparées à la référence de six orthodontistes, l’écart moyen était de 2,05 mm et 68,6 % des points tombaient sous le seuil de 2 mm souvent jugé cliniquement acceptable, avec de grandes différences entre points (Kanemeier et al., 2024, Head Face Med, PubMed).
  • Construit ne veut pas dire moins fiable. Dans une étude ancienne (12 orthodontistes, 4 radiographies, 18 points), les points construits étaient aussi reproductibles que les points repérés directement (Savage et al., 1987, Am J Orthod Dentofacial Orthop, PubMed).
  • Le médian bat le bilatéral. Dans une revue systématique d’études sur CBCT, les points médians et dentaires étaient les plus fiables, condyle, porion et orbitale les moins fiables (Lisboa et al., 2015, J Appl Oral Sci, PubMed) : des données 3D qui confirment le problème vu en 2D.

Réserve plus large : une revue systématique a jugé limitées et contradictoires les preuves de l’utilité de la téléradiographie de profil pour le plan de traitement (Durão et al., 2013, Prog Orthod, PubMed). Les points soutiennent un diagnostic ; ils ne le posent pas.

Tracé manuel et points placés par l’IA

Notre outil gratuit est manuel : placer chaque point soi-même reste la meilleure façon de les apprendre. Exercice utile : déplacer le Nasion ou le Porion de quelques millimètres et regarder quelles mesures bougent.

Des logiciels placent aussi les points automatiquement. Ils peinent surtout là où l’œil humain hésite : Porion, Orbitale, Gonion, apex incisifs, points A et B. Tout point placé par l’IA doit être vérifié avant que les mesures servent au diagnostic. Notre article sur l’intelligence artificielle en céphalométrie explique comment ces modèles fonctionnent et où ils se trompent.

En pratique

  1. Lisez le cliché avant de placer un point : selle turcique, vertèbres, doubles contours.
  2. Fixez une convention pour les points bilatéraux, le Gnathion et le Gonion, et gardez-la pour tous les tracés d’un patient.
  3. Contrôlez d’abord N, A et B : ils commandent SNA, SNB et ANB.
  4. Suivez chaque racine incisive jusqu’à l’apex, et calibrez avant de lire une distance.
  5. Vérifiez les abréviations de votre fiche (Po pour Porion, Po-NB pour Pogonion).
  6. Si une mesure contredit la clinique, revérifiez les points avant de conclure (mesures détaillées : analyse de Steiner, analyse de Tweed).

Questions fréquentes

Combien y a-t-il de points céphalométriques ?

Pas de nombre fixe : chaque analyse a sa liste. Notre outil gratuit en utilise 15, suffisants pour Steiner et Tweed ; les jeux de données publics en annotent 19 (ISBI 2015) ou 29, points cutanés compris (Aariz). Ricketts, Delaire ou l’étude des voies aériennes en ajoutent d’autres.

Quelle est la différence entre le point A et le point B ?

Le point A est le point le plus profond de la concavité antérieure du maxillaire, le point B celui de la concavité antérieure de la symphyse. Ils situent chaque base par rapport à la base du crâne (SNA, SNB) ; leur écart donne l’ANB. B dépend de l’incisive inférieure, d’où le point D (SND) ; l’ANB, sensible au vertical et au Nasion, se confirme par le Wits.

Quels points céphalométriques sont les moins fiables ?

Les points bilatéraux ou peu contrastés : Porion, Orbitale, Gonion, condylion, le Gnathion selon sa définition, l’ENA, le point A et les apex incisifs. Les points médians à contour net (bords incisifs, Menton) sont les plus reproductibles.

Avec GS Ortho

Dans GS Ortho, l’IA place 29 points sur la téléradiographie de profil, profil cutané compris, et les analyses de Steiner et de Tweed sont calculées aussitôt. Vous vérifiez chaque point, le corrigez si besoin, puis validez : la décision reste la vôtre. Les résultats alimentent les planches du studio de diagnostic, et l’avis d’un orthodontiste se demande à un clic, depuis le cas.

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