Malocclusion dentaire : classes d’Angle 1, 2 et 3 expliquées
« Classe 2 », « classe 3 », « surplomb », « articulé croisé » : ces mots reviennent dans chaque compte rendu orthodontique, souvent mélangés. La classe d’Angle décrit un rapport entre les molaires ; elle ne dit ni si les os sont en cause, ni ce qui se passe dans les sens vertical et transversal, ni ce qu’il faut faire. Cet article reprend les bases telles que les enseignent les cours du D.U. : définition, classification d’Angle et ses limites, description dans les trois sens avec les normes, dentaire ou squelettique, conséquences. Il sert de porte d’entrée vers les articles plus détaillés du blog.
Qu’est-ce qu’une malocclusion ?
Selon la terminologie enseignée au D.U., une malocclusion est un engrènement anormal des arcades en occlusion d’intercuspidie maximale (OIM). On la distingue de la dysmorphose, qui est une anomalie morphologique par rapport aux normes d’une population. L’une peut exister sans l’autre : une occlusion de classe I peut cacher un décalage des bases, et une base décalée peut s’accompagner de dents compensées.
La nomenclature (FDI, SFODF) est purement descriptive : elle nomme ce que l’on voit sans préjuger de la cause ni du traitement. Elle range les anomalies en quatre familles :
- les anomalies des bases (maxillaire, mandibule) ;
- les anomalies alvéolaires (un groupe de dents avec son os) ;
- les anomalies des relations d’arcades, statiques et cinétiques ;
- les anomalies de position des dents.
Chaque terme porte un préfixe de sens : pro/rétro (sagittal), infra/supra (vertical), endo/exo (transversal). Ce découpage en trois sens va bien au-delà de la seule classe d’Angle.
La classification d’Angle
Le rapport molaire
La classification d’Angle repose sur le rapport sagittal des premières molaires permanentes, observé en OIM, sur leurs faces vestibulaires :
- Classe I : la cuspide mésio-vestibulaire de la première molaire maxillaire (16, 26) se place dans le sillon vestibulaire de la première molaire mandibulaire (36, 46) ;
- Classe II : l’arcade mandibulaire est en position plus distale (distocclusion) ;
- Classe III : l’arcade mandibulaire est en position plus mésiale (mésioclusion).
Le rapport canin
Par extension, le même raisonnement s’applique aux canines. Les cours demandent de noter la classe canine et molaire, à droite et à gauche, chiffrée en millimètres. Les deux ne concordent pas toujours : en classe II, la classe canine est souvent plus sévère que la classe molaire, notamment à cause de la courbe de Spee. Il faut aussi faire la part d’une molaire maxillaire en mésiorotation, qui exagère le décalage molaire apparent.
Classe II : division 1, division 2, subdivision
| Forme | Définition dans les cours |
|---|---|
| Division 1 | Incisives maxillaires en vestibuloversion, surplomb au moins égal à la quantité de classe II molaire. Peut être hypo- ou hyperdivergente |
| Division 2 | Incisives maxillaires (deux ou quatre) en palatoversion, qui masquent le décalage ; supraclusion ; surplomb faible ou nul |
| Subdivision | Distocclusion unilatérale : classe I d’un côté, classe II de l’autre, dans l’une ou l’autre division |
La division 2 a un statut particulier : selon le cours de terminologie, c’est la seule forme de la classification qui constitue une entité clinique à part entière (terrain hypodivergent, lèvres toniques, forte composante héréditaire). On ne la traite pas comme une division 1 ; elle a son propre article : classe II division 2.
Classe III et subdivision
En classe III d’Angle, la première molaire et la canine mandibulaires sont en mésioclusion. Les incisives peuvent être en articulé inversé, en bout à bout ou même en recouvrement normal, selon le degré de compensation. Si le rapport n’existe que d’un côté, on parle de subdivision droite ou gauche.
Devant un articulé inversé antérieur, comparez toujours l’OIM et la relation centrée (RC). Un bout à bout incisif en RC signe un proglissement (classe III fonctionnelle) ; RC et OIM confondues, une classe III vraie. Le cours qualifie le proglissement d’urgence thérapeutique, car il peut évoluer vers une forme structurelle.
Et en denture temporaire ?
Il n’y a pas de classe d’Angle molaire en denture temporaire. Le repère sagittal est le plan terminal des deuxièmes molaires temporaires : droit, en marche mésiale ou en marche distale. Les canines temporaires, elles, se classent comme chez l’adulte et restent le premier repère inter-arcades pendant la permutation. Repère cité par les cours : un plan terminal droit évolue en classe I dans 70 % des cas ; dans 30 %, il reste en bout à bout ou glisse en classe II.
Les limites de la classification d’Angle
Angle reste le langage commun, mais les cours du D.U. insistent sur ce qu’il ne dit pas.
- Ce n’est pas un diagnostic. La classe d’Angle décrit les molaires ; elle se complète par les rapports canins, incisifs et squelettiques.
- Elle ne décrit que le sens sagittal. Une classe I peut s’accompagner d’une béance, d’une supraclusion, d’un articulé croisé ou d’un encombrement.
- Elle est dentaire, pas squelettique. Elle décrit un décalage limité aux procès alvéolaires et ne renseigne ni sur les cuspides linguales ni sur le traitement.
- La position molaire peut tromper. Après la perte prématurée d’une deuxième molaire temporaire, la molaire maxillaire peut avancer et donner une « fausse » classe II, parfois unilatérale.
- Angle et Andrews ne se mélangent pas. Les cours décrivent une « super classe I » (classe I d’Andrews) : canines en classe I, molaires en classe III de 2 mm de chaque côté, bon engrènement latéral. On retient alors une classe I occlusale, mais mêler les deux conventions dans une même synthèse est un piège signalé : choisissez-en une.
Dentaire ou squelettique : Angle et Ballard
La classification de Ballard complète Angle en regardant les bases osseuses, sur la téléradiographie de profil. Elle rend visibles les compensations : selon Bassigny, une classe II squelettique s’accompagne volontiers d’une vestibuloversion des incisives supérieures et inférieures ; une classe III squelettique, d’une légère vestibuloversion supérieure et d’une linguoversion inférieure.
| Mesure | Norme (cours du D.U.) | Classe II squelettique | Classe III squelettique |
|---|---|---|---|
| ANB | 2° ± 2 | > 4° | < 0° |
| AoBo (Wits) | 0 ± 2 mm (poly de Steiner) | > 2 mm | < −2 mm |
La norme du Wits n’est pas la même partout : d’autres supports, comme la feuille de Tweed-Merrifield, portent 2 ± 2 mm. Précisez celle que vous utilisez. En classe III, Boileau juge le Wits plus fiable que l’ANB chez l’hyperdivergent, dont le point B recule et rapproche faussement l’ANB de la norme.
Le point essentiel : classe occlusale et classe squelettique sont indépendantes. On rencontre une classe II squelettique avec une classe II occlusale (le cas le plus fréquent), une classe I squelettique avec une classe II occlusale, ou une classe II squelettique compensée en classe I occlusale ; de même pour la classe III. Et l’on n’écrit pas « prognathie » ou « rétrognathie » d’une base sans l’avoir prouvée en céphalométrie.
La démarche est détaillée dans le diagnostic de la classe II et le diagnostic de la classe III.
Décrire une malocclusion dans les trois sens
Les cours du D.U. demandent que chaque constat soit fait dans les trois sens et de chaque côté. Le tableau inter-arcade statique, en OIM, se remplit ainsi :
| Sens | Ce qu’on note |
|---|---|
| Sagittal | Surplomb en mm (dent par dent si malpositions) ; classes canine et molaire, droite et gauche, en mm ; compensations antérieures |
| Vertical | Recouvrement antérieur et latéral : normal, bout à bout, béance, supraclusion |
| Transversal | Milieux par rapport au plan sagittal médian ; surplomb latéral (normal, excès, bout à bout, articulé inversé uni- ou bilatéral, total ou partiel) ; compensations latérales |
Sens sagittal : le surplomb (overjet)
Le surplomb, ou overjet, est la distance horizontale entre les incisives maxillaires et mandibulaires. Les normes de la base :
- surplomb d’environ 2 mm, idéal 1 à 2 mm, selon le cours de terminologie ; Boileau donne aussi environ 2 mm ;
- au-delà de 2 mm, le surplomb est dit « exagéré » ; certaines sources de la littérature placent la limite à 3 mm ;
- un surplomb négatif signe un articulé inversé antérieur.
Bassigny conseille de noter surplomb et recouvrement signés, au demi-millimètre, mesurés sur l’incisive la plus vestibulée (à droite et à gauche si l’arcade est asymétrique), en précisant le niveau, incisif ou incisivo-canin. Pour situer les valeurs : le surplomb est important en classe II division 1, faible ou nul en division 2 (de l’ordre de 1 mm ou moins).
Sens vertical : recouvrement (overbite), supraclusion, béance
Le recouvrement, ou overbite, est la hauteur sur laquelle les incisives maxillaires couvrent les mandibulaires.
- Norme : 2 à 2,5 mm selon Boileau, soit environ un tiers de la couronne incisive mandibulaire ; environ 2 mm dans le cours de terminologie.
- Supraclusion : recouvrement excessif, terme réservé au secteur antérieur ; le cours la place au-delà de 3 mm. Selon les auteurs, les seuils vont de 2 à 4 mm. Philippe propose une définition fonctionnelle : en bout à bout incisif, il reste normalement 0 à 2 mm entre les molaires ; au-delà de 2 mm, il y a supraclusion.
- Béance antérieure : recouvrement nul ou négatif, sans contact incisif. Ne pas la confondre avec la béance labiale, qui désigne des lèvres non jointes au repos (écart supérieur à 3 mm).
Repères de lecture : la béance va avec l’hyperdivergence, la supraclusion avec l’hypodivergence ; une béance limitée aux incisives est plutôt fonctionnelle, étendue aux canines et prémolaires plutôt squelettique. Détails dans les articles sur la béance antérieure et la supraclusion.
Sens transversal : articulé croisé, milieux, asymétries
Normalement, l’arcade maxillaire circonscrit l’arcade mandibulaire. On parle d’occlusion inversée, d’articulé inversé ou d’articulé croisé quand ce rapport s’inverse, d’un côté ou des deux, sur tout un secteur ou une partie. L’anomalie la plus fréquente est une insuffisance relative du maxillaire avec occlusion inversée unilatérale ; l’occlusion en ciseaux (syndrome de Brodie) est rare.
Deux questions structurent le diagnostic :
- Basal ou alvéolaire ? Des dents postérieures versées en dedans sur une base normale signent une endoalvéolie ; des axes droits ou compensés sur une base étroite, une endognathie. Le choix entre expansion dento-alvéolaire et disjonction en dépend (voir endognathie et disjonction).
- Fonctionnel ou structurel ? Des milieux déviés en OIM qui se recentrent en RC, au repos et bouche ouverte orientent vers une latérodéviation fonctionnelle ; une déviation qui persiste avec un menton dévié, vers une latérognathie ; une déviation partout mais un menton centré, vers une déviation dentaire. D’où la règle de la base : tout milieu dévié ou tout articulé inversé impose la comparaison OIM / RC.
Les déviations de milieux et les asymétries ont leur propre article : asymétries en orthodontie.
Quelles conséquences ?
Toutes les malocclusions ne sont pas pathologiques : selon les cours, une dissymétrie sans préjudice esthétique, fonctionnel ou occlusal est physiologique et ne se traite pas, et une première consultation n’aboutit pas toujours à une indication immédiate. Les conséquences rapportées dépendent de la forme et de la sévérité.
- Traumatismes dentaires : selon Boileau, qui cite une méta-analyse de Nguyen, un surplomb supérieur à 3 mm double environ le risque de traumatisme des incisives maxillaires. La protection du bloc incisif fait partie des raisons de traiter une division 1.
- Fonction et croissance : la supraclusion, une endoalvéolie maxillaire ou un articulé inversé « verrouillent » la mandibule et freinent son avancée en classe II. Une latérodéviation non traitée peut devenir une latérognathie, un proglissement une classe III structurelle : ce sont les arguments d’une interception précoce.
- Parodonte et dents : morsure palatine ou de la gencive vestibulaire inférieure en division 2 ; récessions incisives mandibulaires sur articulé inversé antérieur, qui s’améliorent après correction selon Boileau ; risques parodontaux de la supraclusion ; usure et fêlures chez l’hypodivergent non traité.
- Articulations temporo-mandibulaires : les cours citent des terrains à risque (classe II division 2, hypodivergence, latérodéviation, absence de guide incisif), et Boileau note qu’une hyperdivergence sévère avec béance favorise à long terme des troubles articulaires et parodontaux. Mais pour Boileau, une orthodontie bien conduite ne crée, ne prévient ni ne traite seule les dysfonctionnements de l’appareil manducateur, et la méta-analyse de Kim (2002) qu’il cite ne trouve pas d’augmentation de ces troubles après traitement. On ne promet donc pas de « soigner l’ATM » par l’orthodontie.
- Esthétique : le préjudice varie beaucoup ; il est souvent sévère en classe III squelettique, ce qui explique, avec l’aggravation tardive, le recours plus fréquent à l’ortho-chirurgie.
Ces conséquences se lisent en croisant l’occlusion avec l’examen fonctionnel (ventilation, déglutition, succions) : voir l’examen clinique orthodontique.
En pratique
- Examinez en OIM, puis guidez en relation centrée devant tout milieu dévié ou articulé inversé.
- Notez les classes canine et molaire, droite et gauche, en mm ; en denture temporaire, le plan terminal et les canines.
- Mesurez surplomb et recouvrement signés, au demi-millimètre, en précisant la norme retenue (2 ou 3 mm pour le surplomb).
- Décrivez le transversal : milieux, surplomb latéral, articulé inversé, axes des dents postérieures.
- Posez la classe squelettique à part : ANB confirmé par le Wits, norme du Wits précisée.
- Repérez les compensations incisives avant de conclure « dentaire » ou « squelettique ».
- Reliez le vertical à la typologie.
- Listez les conséquences réellement présentes plutôt que des risques théoriques.
Questions fréquentes
Une classe 1 d’Angle veut-elle dire que tout est normal ?
Non. La classe I décrit seulement un rapport molaire normal dans le sens sagittal. Elle peut coexister avec un encombrement, une biproalvéolie, une béance, une supraclusion ou un articulé croisé, et masquer une classe II ou III squelettique compensée par les incisives.
Quelle différence entre classe 2 et classe 3 dentaire ?
En classe II, l’arcade mandibulaire est en position distale par rapport à l’arcade maxillaire ; en classe III, en position mésiale. Le mot « dentaire » signifie que l’on parle du rapport des dents (Angle), pas des os. Une classe 2 ou 3 dentaire peut reposer sur des bases normales ou décalées : seule la céphalométrie permet de le dire.
Quelles sont les valeurs normales de l’overjet et de l’overbite ?
Selon les cours, le surplomb (overjet) normal est d’environ 2 mm, idéalement 1 à 2 mm, et le recouvrement (overbite) de 2 à 2,5 mm, soit environ un tiers de la couronne de l’incisive mandibulaire. Un surplomb négatif signe un articulé inversé ; un recouvrement au-delà de 3 mm, une supraclusion ; un recouvrement nul ou négatif, une béance.
Quelles sont les conséquences d’une malocclusion non traitée ?
Elles dépendent de la forme : risque accru de traumatisme incisif au-delà de 3 mm de surplomb, blocages fonctionnels qui peuvent s’aggraver pendant la croissance, atteintes parodontales localisées, usure, préjudice esthétique. Le lien avec les troubles de l’ATM reste discuté : ce n’est pas une conséquence systématique.
Une malocclusion se soigne-t-elle à l’âge adulte ?
Oui, avec d’autres moyens. Sans croissance, il n’y a plus d’orthopédie : on raisonne entre compensation orthodontique, si le décalage est léger ou modéré, et ortho-chirurgie s’il est sévère (voir les indications de la chirurgie orthognathique). Le parodonte, les ATM et les restaurations deviennent prioritaires (orthodontie adulte et parodonte). Pour un cas personnel, seul l’examen par un orthodontiste permet de répondre.
Avec GS Ortho
Dans GS Ortho, le studio de diagnostic guidé, en 12 planches, reprend cette description en trois sens : la planche inter-arcade demande les classes canine et molaire à droite et à gauche, le surplomb et le recouvrement, et signale les valeurs qui sortent de la norme. Sur la téléradiographie, l’IA place 29 points que vous vérifiez avant le calcul de l’ANB et du Wits. Vous pouvez demander l’avis d’un orthodontiste à un clic depuis le cas, et encadrer vos résidents sur le même dossier ; les données restent hébergées chez vous. La décision reste la vôtre.