ODF, orthopédie dento-faciale : définition et champ

ODF signifie orthopédie dento-faciale. C’est le nom de la spécialité qui traite les malpositions des dents et les décalages des mâchoires, et c’est aussi le titre de ses ouvrages de référence en français, comme le Manuel d’orthopédie dento-faciale de Bassigny et Canal. Au quotidien, beaucoup disent simplement « orthodontie ». Les deux mots ne recouvrent pourtant pas exactement la même chose : l’un agit sur les bases osseuses pendant la croissance, l’autre déplace les dents dans l’os. Cet article, écrit pour les étudiants et les omnipraticiens, précise le vocabulaire, le champ de la spécialité, la logique du diagnostic dans les trois sens, le moment où l’orthopédie est possible, les grandes familles d’appareils et les voies pour devenir spécialiste. Les repères viennent des cours du D.U., de Boileau et de l’EMC ; ce sont des critères, pas des décisions.

ODF : orthopédie et orthodontie

Deux cibles différentes

  • L’orthodontie déplace les dents dans leur os alvéolaire : version, gression, rotation, translation. Elle agit à tout âge, chez l’enfant comme chez l’adulte.
  • L’orthopédie agit sur la croissance des bases osseuses (maxillaire, mandibule) pour corriger ou atténuer un décalage squelettique. Selon les cours, les traitements orthopédiques sont des traitements précoces qui doivent se faire pendant la croissance.

L’orthopédie dento-faciale réunit les deux. Un même patient en croissance reçoit souvent une phase orthopédique, puis une phase orthodontique de finition.

Deux niveaux de force

Le cours de physiologie du déplacement donne deux ordres de grandeur :

Type de forceOrdre de grandeurCibleÂge
Orthodontique (alvéolo-dentaire)50 à 160 gLa dent dans son alvéoleTout âge
Orthopédique (squelettique)400 g et plusSutures, croissance condylienneSujet en croissance seulement

Les valeurs varient selon l’appareil et l’auteur. Pour la force extra-orale (FEO) de Classe II, les cours donnent environ 1 000 g, « au moins 1 500 g » ou « plus de 600 g » ; Boileau situe le seuil orthopédique au-delà de 500 g sur bagues. Hors croissance, la base est nette : plus d’effet orthopédique attendu, on raisonne camouflage, chirurgie orthognathique ou pluridisciplinaire.

L’article sur la biologie du déplacement et les forces détaille la réponse tissulaire.

Le champ de la spécialité

L’ODF couvre :

  • la prévention et l’interception chez l’enfant : habitudes, ventilation, pertes prématurées de dents temporaires, articulés inversés (voir l’orthodontie interceptive) ;
  • les dysharmonies dento-maxillaires : encombrement, diastèmes, analyse d’espace ;
  • les décalages squelettiques : Classes II et III, anomalies verticales et transversales, asymétries ;
  • les anomalies dentaires : agénésies, dents incluses, surnuméraires ;
  • l’orthodontie de l’adulte, souvent pluridisciplinaire avec la parodontie et la prothèse ;
  • la préparation et la finition des cas de chirurgie orthognathique ;
  • la contention et le suivi des récidives.

Le diagnostic dans les trois sens

L’examen orthodontique se fait dans les trois sens et de chaque côté : classes canine et molaire à droite et à gauche, chiffrées. L’examen clinique orthodontique en donne la méthode ; la céphalométrie l’objective.

Sens sagittal

Rapports antéro-postérieurs des bases et des arcades : Classe II, Classe III, surplomb, position du maxillaire et de la mandibule par rapport au crâne. La classification d’Angle décrit l’occlusion ; la céphalométrie dit si le décalage est squelettique et où il se situe.

Sens vertical

Hauteur faciale, divergence, recouvrement : béance ou supraclusion. Le sens vertical pèse lourd sur les choix : l’hyperdivergence vraie contre-indique l’orthopédie de Classe II selon Boileau, et limite celle de Classe III selon les cours.

Sens transversal

Largeur des bases et des arcades, articulés inversés, asymétries. La question clé est basale ou alvéolaire ? Dents postérieures versées en dedans sur une base normale : endoalvéolie, qui relève d’une expansion dento-alvéolaire. Axes droits ou compensés sur une base étroite : endognathie, qui relève de la disjonction (voir endognathie et disjonction).

Squelettique ou dento-alvéolaire ?

Dans chaque sens, la même question revient, et c’est elle qui distingue l’orthopédie de l’orthodontie. Une béance limitée aux incisives est plutôt fonctionnelle ; étendue aux canines et aux prémolaires, plutôt squelettique. Une Classe II peut être squelettique, alvéolaire ou les deux. Les compensations dento-alvéolaires masquent souvent le décalage des bases : elles se lisent sur la téléradiographie, avec les angles SNA, SNB et ANB et les axes incisifs.

Quand l’orthopédie est-elle possible ?

La croissance, condition de base

Avant toute orthopédie, deux questions selon les cours : combien de croissance reste-t-il, et dans quelle direction ? L’âge civil ne suffit pas : on situe le patient par l’âge osseux (main-poignet ou vertèbres cervicales).

Repères moyens de Björk cités par le D.U. : pic pubertaire vers 12 ans chez la fille et 14 ans chez le garçon, fin de croissance vers 15-16 ans et 18 ans. Le maxillaire termine sa croissance environ deux ans avant la mandibule : une Classe III peut donc s’aggraver tard, une Classe II se corriger tard.

Un moment par anomalie

AnomalieMoment selon les sources
Classe III par insuffisance maxillaireLe plus tôt possible, dès 4-5 ans ; masque avant 10 ans selon le cours (sutures périmaxillaires qui s’ossifient vers 10 ans)
Classe II squelettiqueAutour du pic pubertaire ; activateur entre 10 et 14 ans ; fenêtre de Pancherz de 2 ans avant à 2 ans après le pic
EndognathieDisjonction en denture mixte ; âges variables selon les cours
Chirurgie orthognathiqueAprès la fin de la croissance

Les désaccords à connaître

Les sources ne s’accordent pas sur le calendrier, et le choix reste au praticien :

  • le D.U. donne une fenêtre orthopédique générale de 7-9 ans à 12-13 ans, que Boileau reprend (âge idéal 7-9 ans, efficace jusqu’à 12-13 ans, aléatoire au-delà, effet surtout alvéolaire) ;
  • pour la Classe II, le pic est situé à 10-11 ans (fille) et 11-12 ans (garçon) dans un cours, à 12 et 14 ans selon Björk dans un autre ; Boileau ne donne pas d’âge et raisonne en stade osseux (au pic ou dans l’année qui suit) ;
  • l’école lyonnaise, rapportée par l’EMC, préfère commencer la Classe II en denture mixte, entre 7 et 10 ans, et conteste le synchronisme des pics condylien et statural, sur des séries sans groupe témoin ;
  • Boileau lui-même cite ailleurs des essais (Tulloch, revue Cochrane) jugeant le traitement précoce de la Classe II moins efficient qu’un traitement en fin de denture mixte.

Les grandes familles d’appareils

FamilleExemplesRôle principalRepères des sources
Appareils fonctionnelsActivateurs, gouttières d’éducation fonctionnelleClasse II par rétrognathie mandibulaire ; rééducationActivateur 10-14 ans ; effet squelettique jugé « discutable » dans les cours, compensations alvéolaires fréquentes
Propulseurs fixesHerbstClasse II, sans coopérationPorté 24 h/24, environ 6 à 8 mois, au pic ou dans l’année qui suit (Boileau)
Forces extra-oralesFEO sur bagues ou sur gouttièreClasse II par prognathie maxillaire, contrôle verticalDirection selon la divergence ; port d’au moins 14 h par jour selon le cours
Orthopédie de Classe IIIMasque de Delaire, activateur de Classe III, élastiques sur miniplaquesStimuler le maxillaire, freiner la mandibuleMasque en premier choix avant 10 ans ; miniplaques vers 12 ans (voir le masque facial)
ExpansionDisjoncteur, quad’helix, plaque à vérinTransversal basal ou alvéolaireVoir le disjoncteur et le quad’helix
Appareils multi-attachesBagues et attaches, arcsDéplacement dentaire précis, finitionTout âge
Ancrage squelettiqueMinivis, miniplaquesAncrage, ingression, recul en masseMaturité osseuse discutée selon les sources

Deux idées reviennent dans les cours. D’abord, lever les verrous et normaliser les fonctions avant d’attendre une réponse orthopédique : ventilation, déglutition, succions, supraclusion, endoalvéolie, rotation des molaires. Ensuite, l’appareil suit la localisation du décalage : FEO si le maxillaire est en cause, activateur si c’est la mandibule.

Ce que l’orthopédie ne fait pas

  • Elle ne remplace pas la croissance. Hors croissance, pas d’orthopédie et pas de « crédit de croissance » dans le bilan d’espace.
  • Elle n’est pas toujours squelettique. Les cours mettent en garde contre la promesse d’un gain mandibulaire avec l’activateur : une part de la correction est dento-alvéolaire.
  • Elle a ses contre-indications. Hyperdivergence, compensations dento-alvéolaires importantes, hérédité affirmée dans les Classes III sévères.
  • Elle peut servir de test. En Classe III limite, une école la fait quelle que soit la sévérité et l’arrête au bout d’environ 6 mois sans réponse ; l’autre s’abstient d’emblée dans les formes héréditaires sévères. Les deux positions figurent dans le même cours.
  • Elle se surveille jusqu’à la fin de la croissance, surtout en Classe III, à cause de la croissance mandibulaire tardive.

Quand le décalage dépasse ce que l’orthopédie et l’orthodontie peuvent compenser, on parle d’indications de chirurgie orthognathique.

Devenir spécialiste en ODF

L’orthopédie dento-faciale est une spécialité odontologique. Au Maroc, la voie de spécialiste passe par le résidanat ; en France, par l’internat et le DES d’orthopédie dento-faciale. Les omnipraticiens qui intègrent l’orthodontie à leur exercice suivent le plus souvent un diplôme universitaire, sans devenir spécialistes. Les conditions, durées et titres sont détaillés, avec leurs sources officielles, dans nos guides :

En pratique

  1. Posez la question « squelettique ou dento-alvéolaire ? » dans chacun des trois sens.
  2. Examinez de chaque côté et chiffrez les classes canine et molaire.
  3. Situez la croissance par l’âge osseux, pas seulement par l’âge civil.
  4. Choisissez le moment selon l’anomalie : tôt pour la Classe III maxillaire, autour du pic pour la Classe II.
  5. Levez les verrous et traitez les fonctions avant d’attendre un effet orthopédique.
  6. Choisissez l’appareil selon la localisation du décalage et la typologie verticale.
  7. Hors croissance, ne promettez pas d’effet orthopédique : camouflage ou chirurgie.
  8. Prévoyez la surveillance jusqu’à la fin de la croissance et la contention.

Questions fréquentes

Que veut dire ODF en dentisterie ?

ODF signifie orthopédie dento-faciale. C’est la spécialité qui traite les anomalies de position des dents et les décalages des mâchoires. Elle regroupe l’orthopédie, qui agit sur la croissance des os pendant l’enfance et l’adolescence, et l’orthodontie, qui déplace les dents dans l’os à tout âge.

Quelle est la différence entre orthodontie et orthopédie dento-faciale ?

L’orthodontie déplace les dents avec des forces légères, de l’ordre de 50 à 160 g selon les cours. L’orthopédie utilise des forces plus fortes, de 400 g et plus, pour modifier la croissance du maxillaire ou de la mandibule, et seulement chez un patient en croissance. L’orthopédie dento-faciale réunit les deux.

À quel âge un traitement orthopédique est-il possible ?

Pendant la croissance, et le moment dépend de l’anomalie. Une Classe III d’origine maxillaire se traite le plus tôt possible, dès 4-5 ans ; une Classe II autour du pic pubertaire, situé en moyenne vers 12 ans chez la fille et 14 ans chez le garçon selon Björk. L’âge osseux est plus fiable que l’âge civil. Après la croissance, l’orthopédie n’a plus d’effet attendu.

Un omnipraticien peut-il faire de l’ODF ?

Beaucoup d’omnipraticiens font de l’orthodontie, le plus souvent après un diplôme universitaire. Ils ne deviennent pas spécialistes pour autant : en France, seuls les spécialistes qualifiés inscrits peuvent se prévaloir de la spécialité, et au Maroc le résidanat est la voie exclusive pour préparer une spécialité odontologique (voir notre guide devenir orthodontiste). Devant un décalage squelettique sévère ou une indication chirurgicale, adresser à un spécialiste reste la règle prudente.

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