Six clés d’Andrews et arc droit : tip, torque et in-out

Les six clés de l’occlusion d’Andrews décrivent ce qu’on observe dans une occlusion naturelle harmonieuse : des rapports molaires et canins précis, des couronnes correctement angulées et inclinées, aucune rotation, des contacts serrés et une courbe de Spee plate. Elles servent de grille de finition et sont à l’origine de l’arc droit (straight wire), un appareil dont les attaches portent déjà les informations que l’edgewise plie dans le fil. Ce guide présente les six clés comme critères d’examen, explique comment elles se traduisent en tip, torque et in-out, et montre les limites de l’idée d’un arc qui « reste droit ». Il s’appuie sur les cours du D.U. (technique de Tweed-Merrifield), complétés par la littérature, et s’adresse aux omnipraticiens, résidents et étudiants.

Les six clés en un tableau

CléCe qu’on vérifieInformation correspondante de l’attacheContrôle clinique
1. Rapports molairesCuspide mésio-vestibulaire de la 1re molaire maxillaire dans le sillon vestibulaire de la 1re molaire mandibulaire, la 1re molaire maxillaire au contact de la 2e molaire mandibulaire ; prémolaires et canines bien engrenéesRésultat de l’ensemble (pas d’information unique)Vue vestibulaire droite et gauche, modèles
2. Angulation (tip)Partie gingivale de chaque couronne plus distale que sa partie occlusale2e ordrePanoramique (axes radiculaires), vue vestibulaire
3. Inclinaison (torque)Inclinaison vestibulo-linguale correcte des couronnes, antérieures et postérieures3e ordreVue occlusale, cuspides d’appui dans les fosses
4. Pas de rotationAucune dent tournée1er ordre (centrage de l’attache)Vue occlusale
5. Contacts serrésAucun espace, sauf dysharmonie dento-dentaireFermeture d’espaces, finitionContacts, analyse de Bolton
6. Courbe de SpeePlate ou légèrement concaveNivellementPlan posé sur incisives et molaires mandibulaires (le cours cite le pied à coulisse)

L’in-out (épaisseur de la base de l’attache) n’est pas une clé à part : il compense les différences d’épaisseur vestibulo-linguale des couronnes pour que l’arc reste lisse en vue occlusale. Le cours l’illustre par le décalage prémolaire, qui aligne les faces vestibulaires malgré des couronnes d’épaisseurs différentes.

D’où viennent les six clés

Lawrence F. Andrews a présenté les six clés de l’occlusion normale en 1972. Son travail reposait sur l’étude d’occlusions naturelles non traitées et jugées harmonieuses, dont il a mesuré la position des dents. Ces mesures ont fourni les caractéristiques des attaches et les valeurs de « prescription » de l’arc droit, en usage depuis le début des années 1970 (W. A. Andrews, Journal of the World Federation of Orthodontists, 2023, PubMed 37419789). L’idée de départ était que l’anatomie et la position optimale des dents se ressemblent assez d’un individu à l’autre, quels que soient l’âge, le sexe ou l’origine, pour justifier des attaches préfabriquées aux valeurs moyennes.

Cette hypothèse est discutée. Andrews avait étudié un échantillon de sujets blancs ; une étude transversale de 190 sujets indonésiens, mesurés avec sa méthode, a trouvé des angulations et des inclinaisons significativement différentes pour la plupart des dents (Halim et Halim, 2020, PubMed 32952092). Les auteurs en concluent qu’une prescription propre à cette population pourrait être utile. Aucune étude équivalente sur des populations maghrébines n’a été vérifiée pour ce guide.

Les six clés, une par une

Clé 1 : les rapports inter-arcades

La première clé porte sur la molaire, mais pas seulement : prémolaires et canines doivent elles aussi être bien engrenées. Elle est plus exigeante que la classe I d’Angle, qui ne regarde que la cuspide mésio-vestibulaire. Les cours en tirent un piège classique : une « super classe I » (classe I d’Andrews) peut se présenter avec des canines en classe I et des molaires décalées d’environ 2 mm vers la classe III de chaque côté, avec un bon engrènement latéral. On retient alors une classe I occlusale, mais il ne faut pas mélanger les deux conventions dans une même synthèse, au risque de faire disparaître une asymétrie. Les classes d’Angle sont détaillées dans la classification des malocclusions.

Clé 2 : l’angulation des couronnes

Vue de face, la couronne de chaque dent est inclinée de façon que sa partie gingivale soit plus distale que sa partie occlusale. Cette angulation mésio-distale s’appelle le tip. Elle se contrôle sur la panoramique de fin de traitement, qui montre le parallélisme des racines autour des sites d’extraction.

Clé 3 : l’inclinaison des couronnes

L’inclinaison vestibulo-linguale, le torque, se lit en vue latérale. Dans l’arc idéal décrit par le cours, le maxillaire passe d’une inclinaison corono-vestibulaire en antérieur à une zone moyenne proche de 0°, puis à une inclinaison corono-linguale en postérieur ; à la mandibule, l’inclinaison est corono-linguale partout, faible de canine à canine.

Le cours comporte ici une ambiguïté : un support décrit les dents postérieures maxillaires inclinées « en bas et en dehors », un autre « en bas et en dedans », ce qui correspond à la courbe de Wilson et à l’inclinaison coronaire linguale décrite par Andrews. La seconde lecture est la bonne ; la première est probablement une erreur de formulation. Repère de contrôle donné en finition : la distance entre les cuspides d’appui et les fosses centrales antagonistes ne doit pas dépasser 1 mm ; au-delà, le torque postérieur est mal contrôlé.

Clé 4 : aucune rotation

Une dent tournée ne prend pas la place prévue sur l’arcade et fausse l’engrènement. Il existe toutefois des exceptions voulues : après extraction des seules premières prémolaires maxillaires, Boileau conseille de garder, voire d’exagérer, la rotation mésio-palatine de la 1re molaire maxillaire, pour qu’elle comble l’espace que la deuxième prémolaire ne remplit pas. La clé reste un critère, pas un dogme.

Clé 5 : des contacts serrés

Aucun espace ne doit subsister entre les points de contact. L’exception prévue par le cours est la dysharmonie dento-dentaire : si les dents maxillaires et mandibulaires ne sont pas proportionnées, on ne peut pas obtenir à la fois des contacts serrés et un engrènement idéal. C’est ce que mesure l’analyse de Bolton (outil gratuit : analyse de Bolton). Le cours ajoute que la précision de l’edgewise permet de compenser certaines dysharmonies vraies par l’ajustement occlusal.

Clé 6 : une courbe de Spee plate

La courbe de Spee doit être plate ou légèrement concave en fin de traitement. Son nivellement consomme de l’espace et se prévoit dès le bilan : voir la courbe de Spee. Au maxillaire, les écoles divergent : selon Boileau, Andrews aplatit la courbe, alors que la technique de Tweed la garde accentuée en fin de traitement.

De l’occlusion idéale à l’attache : l’arc droit

Trois ordres, deux façons de les donner

Les cours décrivent la position des dents en trois ordres :

OrdreCe qu’il règleEn edgewise (attaches non informées)En arc droit (attaches pré-informées)
1erForme d’arcade et position vestibulo-linguale (in-out), rotationsPlis de 1er ordre : retrait des incisives latérales maxillaires, bosse canine, décalages prémolaires et molaires, toe-in des 2es molairesÉpaisseur de la base de l’attache et des tubes molaires
2eAngulation mésio-distale (tip)Plis de 2e ordre : tip-back, tip-forward, marchesGorge angulée dans l’attache
3eInclinaison vestibulo-linguale (torque)Torsion d’un fil rectangulaireGorge inclinée dans l’attache

La formule du cours résume tout : en edgewise, le torque est plié dans l’arc ; en arc droit, il est dans la gorge de l’attache. Un rappel pratique en découle : sur des tubes déjà pré-informés, il ne faut pas ajouter les plis de décalage et de rotation molaire, sous peine de tourner la molaire et de déplacer la prémolaire voisine.

Ce guide ne reproduit pas de tableau dent par dent des valeurs de tip et de torque : ni le cours ni les résumés vérifiés ne les donnent de façon complète, et elles varient selon les prescriptions et les fabricants. La comparaison de deux prescriptions courantes est traitée dans notre article en anglais MBT vs Roth.

Le collage décide de ce que l’attache exprime

Une attache pré-informée n’exprime sa prescription que si elle est bien placée. Le cours fait du collage le vrai début des finitions et relie chaque erreur de position à un défaut d’un ordre précis :

Erreur de collageDéfaut qui en résulte
HauteurDécalage vertical et torque (sur une face convexe, une attache incisive maxillaire trop gingivale donne moins de torque radiculo-palatin)
Centrage mésio-distalRotation (1er ordre)
Axe de l’attache non parallèle au grand axeAngulation (2e ordre)

En arc droit, la hauteur se repère sur le point FA, au milieu de l’axe facial de la couronne clinique ; en edgewise, on utilise des hauteurs standard à la jauge. Le cours note que certaines tables de hauteurs publiées pour l’arc droit placent les attaches plus gingivalement aux incisives et canines maxillaires (environ 4,5 à 5 mm) que la table enseignée. On contrôle toujours deux vues, vestibulaire et occlusale, et on vérifie les axes sur une panoramique après les premiers arcs, avec recollage si besoin.

Pourquoi l’arc droit ne reste pas « droit »

Trois raisons expliquent qu’un arc droit demande presque toujours une individualisation.

Les valeurs sont des moyennes. La prescription vise la dent moyenne et la malocclusion moyenne. Les variations de forme des couronnes et les différences entre populations (voir plus haut) suffisent à éloigner un patient de cette moyenne.

Le fil ne remplit pas la gorge. Un fil rectangulaire plus petit que la gorge garde du jeu : dans une gorge .022, un .019 × .025 en laisse environ 11° selon le cours. Les dimensions réelles s’écartent en plus des dimensions annoncées. Une étude de laboratoire a mesuré, en gorge .022 avec des aciers .019 × .025 ou .020 × .025, une perte effective de torque de 4,5 à 11,7° selon les combinaisons, et conclut qu’une finition parfaite exige encore des plis de correction (Joch et coll., 2010, PubMed 21186304). Une autre a trouvé un jeu qui varie d’un type d’attache à l’autre chez un même fabricant et qui peut doubler d’un fabricant à l’autre (Tepedino et coll., 2020, PubMed 32924097).

Les six clés restent difficiles à atteindre. Une étude rétrospective de 120 cas traités par deux praticiens, en edgewise standard et avec une prescription pré-informée, n’a pas trouvé de différence de contacts dentaires idéaux entre les deux appareils ; l’angulation et l’inclinaison des dents postérieures maxillaires étaient meilleures avec l’appareil pré-informé, mais même des cliniciens expérimentés peinaient à obtenir les six clés (Kattner et Schneider, 1993, PubMed 8422027). Étude ancienne et rétrospective, mais au message clair : l’appareil ne remplace pas le contrôle du praticien.

Arc droit ou Tweed-Merrifield : ce que dit le cours

Le D.U. enseigne la technique de Tweed-Merrifield : attaches non informées, arcs acier dès le début, information pliée dans le fil dans les trois ordres et forces directionnelles extra-orales pour tenir l’ancrage. L’arc droit y figure comme variante.

Boileau présente les deux familles à égalité, avec des critères :

  • attaches non informées : elles imposent des fils façonnables, de petites sections et des boucles au début, un glissement limité et des courbures difficiles à reproduire, mais elles permettent une individualisation continue et respectent mieux la forme d’arcade ;
  • attaches pré-informées : elles autorisent des fils à bas module dès le début, un contrôle précoce du torque et le glissement sans boucles, mais leurs arcs préformés modifient la forme d’arcade au départ et demandent une individualisation en fin de traitement.

Chez l’adulte, l’ouvrage de Canal sur l’orthodontie de l’adulte, repris dans la base, fonde le choix sur le sens vertical : une supraclusion marquée se corrige très difficilement en arc droit sans forces directionnelles, et la technique segmentée est alors préférable ; si le vertical n’est pas le problème principal, l’arc droit sans boucles convient. Les attaches autoligaturantes, enfin, réduisent la friction mais ne sont pas une panacée selon Boileau : le diagnostic prime.

Règle commune aux deux familles : chaque arc, préformé ou non, se vérifie sur la forme de l’arcade mandibulaire du patient (voir les arcades dentaires).

Andrews à la dépose ? Deux grilles de finition

Le cours utilise plusieurs grilles de fin de traitement, et elles ne visent pas le même moment :

  • l’occlusion de Tweed est la cible à la dépose : malocclusion hypercorrigée, 2es molaires maxillaires en désocclusion, plan occlusal mandibulaire plat, canines en classe I, surplomb et recouvrement sous la normale ;
  • les six clés d’Andrews et les objectifs physiologiques (recouvrement 1 à 2 mm, surplomb 0 à 2 mm, guidage antérieur fonctionnel) décrivent l’occlusion après la phase de « recovery », quand l’occlusion hypercorrigée s’est tassée sous contention et surveillance.

Exiger les clés d’Andrews à la dépose en technique de Tweed figure donc parmi les erreurs signalées par le cours. Boileau confirme cette lecture et précise que, hors Tweed, il réserve l’hypercorrection aux malocclusions très récidivantes (supraclusion, palatoversion incisive maxillaire, béance). Dans tous les cas, la finition ajuste, elle ne rattrape pas une erreur de stratégie. La suite se joue en contention orthodontique.

En pratique

  1. Utilisez les six clés comme grille d’examen à la fin du traitement, une clé après l’autre, des deux côtés.
  2. Contrôlez les axes radiculaires sur une panoramique avant la finition.
  3. Ne confondez pas classe I d’Angle et classe I d’Andrews dans une même synthèse.
  4. Mesurez le Bolton avant de promettre des contacts serrés partout.
  5. Soignez le collage : hauteur, centrage et axe valent tip, torque et rotation.
  6. Comptez avec le jeu dans la gorge : une prescription n’est jamais entièrement exprimée.
  7. Sur des tubes pré-informés, n’ajoutez pas les plis que le tube porte déjà.
  8. Choisissez la grille de finition selon la technique : Tweed à la dépose, Andrews après le recovery.

Questions fréquentes

Quelles sont les six clés d’Andrews ?

Les rapports inter-arcades (molaires, prémolaires et canines), l’angulation mésio-distale des couronnes, leur inclinaison vestibulo-linguale, l’absence de rotation, des contacts serrés et une courbe de Spee plate ou légèrement concave.

Quelle différence entre la classe I d’Angle et la classe I d’Andrews ?

Angle ne regarde que la cuspide mésio-vestibulaire de la 1re molaire maxillaire par rapport au sillon de la mandibulaire. La première clé d’Andrews est plus complète : elle ajoute le contact avec la 2e molaire mandibulaire et l’engrènement des prémolaires et canines. Les deux conventions ne doivent pas être mélangées dans un même dossier.

L’arc droit dispense-t-il des plis ?

Non. Les attaches portent des valeurs moyennes, le fil garde du jeu dans la gorge et le collage n’est jamais parfait : la finition demande presque toujours des plis ou des recollages. L’étude de Joch (2010) le conclut explicitement pour le torque.

Roth ou MBT ?

Ce sont deux prescriptions dérivées de l’arc droit d’Andrews. Les différences portent surtout sur le tip antérieur et le torque incisif ; les cas terminés comparés diffèrent peu. Le détail est dans notre article MBT vs Roth.

Avec GS Ortho

Les six clés se vérifient sur des documents : photos, modèles, panoramique et céphalométrie. Dans GS Ortho, le studio de diagnostic guidé réunit ces pièces pour un même patient en 12 planches, de l’examen clinique au plan de traitement. Sur la téléradiographie, l’IA place 29 points que vous vérifiez et corrigez avant de valider les analyses de Steiner et de Tweed, utiles pour juger l’inclinaison des incisives. Les guides pédagogiques et les cas d’entraînement fictifs permettent de s’exercer. Devant une finition qui vous fait hésiter, « Demander un avis » envoie la question, planche jointe, au confrère ou à l’encadrant que vous choisissez ; la réponse reste dans le dossier. Les données sont hébergées chez vous.

Guide rédigé par l’équipe GS Ortho, sous la responsabilité du Dr Seyfeddine Ghenia, médecin dentiste en formation d’orthodontie.

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